Tu es revenu

 

Je devine déjà le clignotement
Des lumières qui au loin
Marquent mon retour.
Ce sont les mêmes qui ont éclairé
De leurs pâles reflets
Les heures profondes de ma douleur. (Alfredo Le Pera)

 

Has vuelto

Has vuelto, organillo. En la acera
hay risas. Has vuelto llorón y cansado
como antes.
El ciego te espera
las más de las noches sentado
a la puerta. Calla y escucha. Borrosas
memorias de cosas lejanas
evoca en silencio, de cosas
de cuando sus ojos tenían mañanas
de cuando era joven... la novia... ¡quien sabe!
Alegrías, penas,
vividas en horas distantes. ¡Qué suave
se le pone el rostro cada vez que suenas
algún aire antiguo ¡Recuerda y suspira!
Has vuelto, organillo. La gente
modesta te mira
pasar, melancólicamente.
Pianito que cruzas la calle cansado
moliendo el eterno
familiar motivo que el año pasado
gemía a la luna de invierno:
con tu voz gangosa dirás en la esquina
la canción ingenua, la de siempre, acaso
esa preferida de nuestra vecina
la costurerita que dio aquel mal paso.
Y luego de un valse te irás como una
tristeza que cruza la calle desierta,
y habrá quien se quede mirando la luna
desde alguna puerta.

¡Adiós, alma nuestra! parece
que dicen las gentes en cuanto te alejas.
Pianito del dulce motivo que mece
memorias queridas y viejas!
Anoche, después que te fuiste,
cuando todo el barrio volvía al sosiego
— qué triste —
lloraban los ojos del ciego.

Evaristo Carriego, 1903

Tu es revenu

Tu es revenu, petit orgue. Sur le trottoir
Il y a des rires. Tu es revenu, pleurnichard et fatigué
comme avant.
L’aveugle t’attend
Presque chaque nuit, assis
Devant sa porte. Il se tait et écoute. Des souvenirs
Effacés de choses lointaines
Passent en silence dans son esprit, de choses
De quand ses yeux avaient des matins,
De quand il était jeune… la fiancée… qui sait !
Des joies, des peines,
Intenses dans ces temps anciens. Qu’elle est douce,
L’expression de son visage chaque fois que tu chantes
Quelque air ancien !  Il se souvient et soupire !
Tu es de retour, petit orgue. Les gens
Modestes te regardent
Passer avec mélancolie.
Petit piano qui traverses la rue, fatigué,
En moulinant l’éternel
Motif familier qui l’an passé,
Gémissait sous la lune d’hiver :
De ta voix nasillarde tu diras au coin de la rue,
La chanson ingénue, peut-être
La préférée de notre voisine,
La petite couturière qui a fait ce faux pas.
Et après une valse, tu t’en iras comme une
Tristesse qui traverse la rue déserte,
Et il y aura quelqu’un pour rester regarder la lune
Depuis quelque porte.

Adieu, notre âme ! semblent
Dire les gens au fur et à mesure que tu t’éloignes.
Petit piano au doux motif qui berces
Les anciens souvenirs chéris !
Hier soir, après ton départ,
Quand tout le quartier revenait à la sérénité
– Comme c’est triste –
Les yeux de l’aveugle pleuraient.

Traduction Michel Balmont

 

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