La musique du tango

 

La musique dubitative et géométrique du tango (J. L. Borges)

 

Rythme

Un tango est composé de phrases musicales de 4 mesures de 4 temps, 2 mesures montantes, 2 mesures descendantes. Et ainsi de suite.

Le tango est une musique profondément binaire, en dos, marquée par une forte différence d’accentuation entre temps forts et temps faibles. Les premiers tangos avaient un tempo avec une mesure en 2/4 mais dès les années 20, avec Arolas, les quatre temps s’imposent (éventuellement 4/8, le plus souvent 4/4). Chaque danseur ressent cette pulsation forte et précise comme un  battement régulier et permanent, sur lequel il pose ses pas. Contrairement à la musique classique où les temps forts sont le 2 et le 4, dans le tango le 1 et le 3 sont accentués (comme dans le jazz et la plupart des musiques populaires).

Comme nombre de musiques populaires, le tango intègre un rythme ternaire dans ce tempo binaire. C’est ce qui dans le jazz donne le swing, et permet la danse. La manière don le tango procède pour sortir de cette rigidité est complexe : il utilise la syncope, les jeux sur le contretemps, la polyrythmie. L’arrastre est l’accentuation du quatrième temps suivi d’un glissando vers le premier temps de la mesure suivante. Souvent les accents sont répartis de manière complexe au sein du tempo binaire. Les accents peuvent aussi fluctuer (rallentando, ritenuto, accelerando), voire changer, au sein du même morceau. D’autres procédés incluent les effets sonores instrumentaux (voir la page Les instruments du tango). Il serait impossible et vain de faire la liste de toutes ces techniques. La syncope et le contretemps sont importants dans cet esprit.

Le contretemps joue un rôle essentiel dans le tango. « Dans la musique, on appelle contretemps une note attaquée sur un temps faible, et suivie d’un temps fort occupé par un silence. Par exemple, dans une mesure à 4/4, une noire placée sur le deuxième temps est un contretemps si celle-ci est suivie d’un silence — le deuxième temps d’un 4/4 est un temps faible ; le troisième, un temps fort. Le contretemps peut également s’articuler, non plus sur un temps faible suivi d’un temps fort, mais sur une partie faible de temps suivie d’une partie forte. Par exemple, dans une mesure à 4/4, une croche placée sur la deuxième partie d’un temps quelconque est également un contretemps si celle-ci est suivie d’un silence. Le contretemps — tout comme la syncope — est perçu par l’auditeur comme un déplacement de l’accent attendu. Il peut être considéré comme un élément rythmique en conflit avec la mesure. » (Wikipedia) On a alors une mesure avec contretemps ainsi marqué : 1, 2 & 3, 4, & représentant le contretemps en question. Un tango d’Astor Piazzola porte ce nom, A Contratiempo.

La syncope est également fondamentale. Il s’agit d’une note attaquée sur un temps faible et prolongée sur le temps fort suivant, nouvelle forme de conflit entre la mesure binaire et le rythme ternaire.

Le rubato, de l'italien tempo rubato (temps dérobé, escamoté) « consiste à décaler légèrement le rythme de la mélodie, en retardant certaines notes, en en précipitant d’autres, tandis que l’accompagnement demeure strictement mesuré » (Dictionnaire passionné du tango). C'est un des moyens traditionnels de l’expressivité et de la liberté de l'interprète. Mais il fait également partie des méthodes destinées à sortir du carcan binaire.

 

Couleur musicale

On dit que le tango privilégie la mélodie par rapport au rythme. En fait il existe deux types de tango : rythmique et mélodique. La plupart des morceaux présentent des sections qui appartiennent à l’une ou l’autre catégorie. C’est le premier thème exposé qui définit le type du tango en question.

En ce qui concerne l’orchestration, le mode de jeu du tango est en partie polyphonique, et réparti de manière égale entre les groupes instrumentaux, si bien que les instruments se relaient dans leur fonction d’instrument rythmique ou comme instrument portant le thème et/ou le contre-chant.

 

Danser sur la musique du tango

10 minutes pour apprendre une figure,
10 ans pour apprendre à marcher.
(adage tanguero)

 

Les figures du tango peuvent éventuellement être divisées en deux catégories :

1. celles qui structurent la danse en interprétant la musique :

  • caminata/marche
  • salida
  • baldosa
  • pivot
  • ocho/huit
  • sacada
  • giro/tour
  • ribote
  • etc.

 

2. celles qui ajoutent des ornements :

  • gancho
  • boleo
  • barrida
  • colgada
  • volcada
  • sentada
  • lapíz
  • agujas
  • planeo
  • etc.

Bien sûr cette catégorisation est simpliste. L’ornement lui-même, s’il n’apparaît pas essentiel (on peut danser sans) et s’il n’est pas là juste « pour faire joli » ou comme une performance, peut constituer une forme d’interprétation.

 

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