Lexique lunfardo

 

Le lunfardo est l’argot de Buenos Aires, très présent dans les paroles des tangos. Pour ceux qui veulent comprendre les titres et les paroles des chansons. Vous trouverez l’intégralité de cet argot (en espagnol) ici. Et un autre lexique, en français, là. Notez qu’en fait sont regroupés sous le vocable commode lunfardo des termes qui relèvent aussi bien de la grossièreté que du vocabulaire simplement populaire ou du véritable argot des voyous.

Qu’on me pardonne certaines imprécisions et des manques certains ; ils sont dus (je ne suis pas sûr que ma nécessaire incompétence soit seule en cause) à une forte polysémie de ces termes et à l’usure produite par plus d’un siècle d’usages divers.

Vous trouverez quelques notes au sujet du lunfardo sur cette autre page.

 


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Abacanado : embourgeoisé. Riche. Dandy. Pour une femme, signifie souvent entretenue.

Abanico : porte, fenêtre. Délateur, balance. Policier.

Afilar : courtiser.

Aguante : force d’âme, capacité à endurer.

Amurar : abandonner (comme sont abandonnées ceux qui sont emmurés, c’est-à-dire en prison).

Anclao : coincé, comme un navire à l’ancre.

Apoliyar : faire des blagues lourdes.

Arrabal : faubourg, quartier périphérique, ouvrier et populaire ; taudis. Si le barrio et le suburbio sont, dans le tango, des réalités géographiques, l’arrabal est essentiellement de l’ordre de l’imaginaire, de l’intime. Schéma des quartiers de Buenos Aires lightboxSchéma des quartiers de Buenos Aires

Arrabalero : habitant des taudis, miséreux.

 


 

Bacán : bourgeois, homme riche ou qui en donne l’image, qui se fait admirer, qui entretient une femme.

Bacana : femme entretenue.

Bailetín : bal des pauvres, pour les déclassés et les délinquants.

Bailongo : endroit où les gens dansent.

Balaquero : fanfaron.

Bataclana : strip-teaseuse.

Batilana : délateur.

Batuque (terme d’origine indienne, araucane) : esclandre. Armar batuques : provoquer un scandale.

Berretín : caprice, idée fixe, désir violent. Passion intense. Illusion. Cachette.

Bolacero ou Boletero : menteur.

Boliche : bistrot.

Bondi : tramway, autobus.

Botón : flic.

Bronca : rage, bagarre.

Bulín : garçonnière, turne, petite piaule meublée.

 


 

Cachafaz : coquin (dans tous les sens du terme).

Cafishio : maquereau.

Cajetilla : fils de famille bourgeoise. Dandy.

Camba : bacán en verlan.

Cambalache : bric-à-brac, endroit où les objets sont mélangés sans ordre ni logique. Typiquement un Mont-de-Piété, une brocante, un bazar. Magnifique tango d’Enrique Santos Discépolo.

Camorra : querelle.

Cana : la taule, le dépôt.

Canchero : expert.

Canfinflero : maquereau.

Canguela : bal populaire.

Champú : champagne.

Chamuyar ou Chamullar : baratiner, blablater, parler pour ne rien dire, éventuellement à mi-voix.

Chamuyo ou Chamullo : bavardage de milonga.

Chateceo (du verbe anglais chat, bavarder, et de cabeceo) : tactique féminine qui consiste à parler à un tanguero dans une milonga jusqu’à ce qu’il l’invite. Voir Grabeceo)

Chau (ciao) : adieu.

Che : toi.

China : fille, femme.

Choclo : épi de maïs. Sexe masculin.

Chorro : voleur.

Chumbo : revolver.

Cimarrón : maté.

Clandestino : clandé ; bistrot ou bordel, lieu en principe prohibé et où se retrouvent les délinquants et les marginaux.

Cocoliche : argot des immigrés italiens, mélange d’espagnol et de dialectes italiens.

Compadre : un homme de grande responsabilité, appartenant au milieu ouvrier, sans crainte et respectable, bien habillé, de bonnes manières. Cette catégorie sociale naît quand les gauchos s’installent à Buenos Aires.

Compadrear : se vanter, rouler des mécaniques.

Compadrito : petit voyou, proxénète.

Compadrón : marlou sans envergure, petite frappe.

Criollo : qui est né en Argentine. Synonyme : indigène. Jusqu’au début du XXe siècle le tango se nommait « tango criollo ».

Cuarenta : main, dans les jeux de cartes.

Cuchillero : surineur.

Curda : cuite, ivresse.

 


 

Desinflarse : se dégonfler.

 


 

Esquinado.a : anguleux. [Visage] en lame de couteau.

Estufar: fatiguer, lasser.

 


 

Fané (du français) : en mauvais état, ruiné, détruit. S’emploie aussi en parlant des êtres humains.

Fiaca : flemme.

Fierro : poignard

Fiyingo ou Fillingo : couteau

Fritura : vieux disque de tango qui craque.

Fueye ou Fuelle (soufflet) : bandonéon.

Fuellista : joueur de bandonéon.

Fungi : sombrero.

 


 

Gamba : ami sur qui l’on peut compter.

Garabo : rigolo, mec marrant.

Garcha : forte insulte.

Garpar : allonger, raquer, sortir l’oseille.

Garufa : la noce, le noceur. Le bordel.

Gil : imbécile, crétin.

Gomia : pote.

Gotán : tango en verlan.

Grabeceo (du verbe anglais grab, attraper, et de cabeceo) : le fait de tirer par le bras la femme avec qui l’on veut danser. Voir Chateceo.

Grela : femme.

Groso : important.

Guacho (vient du quichua) : pauvre, orphelin. Bâtard.

Guapo (du français gouape) : parangon de la virilité. Penser aux « hommes d’honneur » ou aux « beaux mecs ». Voyou. Voir Compadre, compadrito.

Guita : argent.

 


 

Hacer : voler.

Hecho : ivre.

 


 

Inflar : ennuyer.

 


 

Jailaife (de l’anglais high life) : le grand train, la grande vie, le luxe.

Junar : regarder.

 


 

Laburar : bosser.

Lancero : voleur, pickpocket.

Lengue : foulard blanc en soie porté en manière de cravate par les guapos. Le mot renvoie à une certaine idée de tradition authentique (Tangos de lengue est un disque d’Adriana Varela où elle chante des tangos signés par Enrique Cadícamo qui évoquent avec nostalgie la musique du Buenos Aires d’antan).

Leones : pantalon.

Lunfa : voleur. Le lunfardo est au départ l’argot des voleurs.

Lunfardo : argot rioplatense très présent dans les paroles du tango. Il naît en même temps que la danse à partir de toutes les langues européennes que parlent les immigrants, surtout l’italien et l’espagnol.

 


 

Macró (du français maquereau) : proxénète.

Malevaje : canaille.

Malevo : mauvais garçon, voyou.

Mango : argent.

Matón : gros-bras.

Mentado : fameux, célèbre, renommé.

Metejón : passion ardente et dévastatrice.

Miché ou Misché (du français) : client de la prostituée.

Milonguita :

  • diminutif affectueux pour la milonga (danse).
  • jolie danseuse.
  • Le mot a pu désigner les jeunes filles amenées d’Europe avec la promesse d’épouser un riche Argentin, et qui finissaient le plus souvent dans la prostitution. Griseta et Madame Yvonne, tangos célèbres, et le livre d’Albert Londres, Le Chemin de Buenos Aires, évoquent ces pratiques.

Mina : petite. Femme facile, entretenue ou prostituée.

Minga : rien.

Morfar : manger.

Morocho : brun.

Mufa : Ennui. Mauvaise chance (dans ce sens, c’est le surnom de Carlos di Sarli, malchanceux s’il en est depuis son enfance, à tel point qu’une superstition interdisait aux musiciens de prononcer son nom, raison pour laquelle ils le désignaient comme « El Tuerto » ou « El de Bahía Blanca »).

 


 

Naife : (de l’anglais knife) : couteau.

 


 

Ocho cuarenta (840) : proxénète. D’après le numéro de l’article du code pénal qui définit le proxénétisme. Une milonga porte ce titre.

Otario : idiot.

 


 

Paica : nana.

Papusa : fille ou femme attirante.

Parado, bien parado : bien tenu, qui a de l’allure.

Parné : argent, possessions.

Patotero : voyou.

Pebeta : fille, jeune femme.

Peringundín : bastringue, débit de boissons où l’on danse.

Piantao : fou.

Piba : fille. Fiancée.

Pibe : gamin. Maradona était surnommé « el Pibe de oro ».

Pilcha : fringue.

Pinta : aspect, présentation.

Planchar : faire tapisserie dans une milonga.

Planchador.a : personne qui attend dans un milonga, mais n’est jamais invitée.

Posta : excellent.

Potranca : jeune jument de course. Se dit d’une belle cavalière aux longues jambes.

Prostibulo : bordel.

Pucha : clope, cibiche.

Pulpera : patronne de bistrot ou de bordel.

 


 

Quartier : le quartier latin.

Queco : bordel.

Quilombo (vient du brésilien, qui vient lui-même d’une langue africaine, où il désigne les hameaux de huttes construites dans des lieux écartés où se cachaient les esclaves en fuite) :

  • bordel.
  • désordre, scandale.

 


 

Ragú (du français ragoût) : faim.

Robe : robe de chambre.

Rumbo : coupure, estafilade profonde. Pompe, ostentation. - Sin rumbo : sans but.

Runfla : bande, gang.

 


 

Sarparse : passer les bornes.

 


 

Taconear : arpenter un espace de manière ostentatoire. Se dit aussi bien d’une prostituée qui fait le trottoir que d’un caïd qui marque son territoire en roulant les mécaniques et en faisant claquer ses talons sur le sol.

Taita : homme courageux.

Tamangos : chaussures

Taura : gouape. Caïd.

Tira : policier en civil.

Troesma : verlan de maestro.

Truco : jeu de cartes très populaire à Buenos Aires.

 


 

Vento : argent, fric (car il passe vite, comme le vent).

Vos : aussi bien vous ou tu selon les cas.

 


 

Yeite : affaire louche, coup monté.

Yeta : mauvaise chance.

Yigolo: gigolo.

Yira : prostituée qui fait le trottoir.

Yugo (joug) : travail.

Yuta : la maison poulaga. La prison.

Yuyo : herbe sauvage, chiendent.

 


 

Zarpar : se tirer vite fait, s’enfuir.

 

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