Guardia vieja

 

C’est sûr, le choix du bandonéon suppose une immense folie. Si grande qu’elle n’appartient plus à la faune des démences ni au royaume des absurdités. Elle habite une catégorie plus immatérielle, plus élevée, plus belle : le bandonéon est une fatalité du tango. (Horacio Ferrer)

 


Musiciens - Paroliers - Danseurs


 

L’expression désigne le tango entre 1890 et la fin des années 1910.

LTango dans un patio, 1908a population des deux villes, Montevideo et Buenos Aires, a explosé. L’écrivain nicaraguayen Rubén Dario décrit avec enthousiasme la capitale de l’Argentine comme une métropole « pleine de force, de vices et de vertus, cultivée et polyglotte, moitié laborieuse, moitié quai et sybarite ».

Par suite, au début du xxe siècle, le tango connaît un essor exponentiel dans les faubourgs. Des bals populaires plus ou moins clandestins s’organisent un peu partout, dans de petits cafés flanqués d’une piste de danse ou dans les peringundines (bastringues), sortes de guinguettes de mauvaise réputation qui commencent à s’installer en nombre dans le parc de Palermo. Tout ce que la zone compte de guapos (gouapes), compadritos (petites frappes) et autres cafishios (proxénètes) se réunit dans ces lieux de brassage et de détente propices aux rencontres et à tous les bons coups. Le petit peuple des exclus et des miséreux en tous genres se retrouve dans cette nouvelle culture tango qui unifie leur diversité.Des cajetillas, c’est-à-dire des fils de bonne famille qui viennent jeter leur gourme dans les bas quartiers commencent à s’approprier la danse et à l’introduire dans les maisons closes bourgeoises du centre ville de Buenos Aires. Certains déjà regrettent que le tango commence à s’embourgeoiser. De l’autre côté du fleuve, à Montevideo, les premières academías, qui deviendront plus tard des salles d’enseignement et de pratique, commencent à fleurir.

Toutefois dans les villes le tango est encore en concurrence avec les musiques et les danses de la campagne. Et il a mauvaise réputation. Les musiciens sont rarement professionnels : Arolas était peintre d’enseignes, Contursi cordonnier, Villoldo linotypiste, Firpo peintre en lettres et décorateur.

Couple parisien en 1912Couple parisien en 1912Le bandonéon, débarqué avec les marins allemands dès les années 1870, devient l’instrument central, ralentit le tempo (de 74-92 à 54-78), rend la musique mélancolique et modifie peu à peu la danse dans le sens d’une retenue dans les pas. Parmi les tout premiers bandonéonistes on peut nommer Tomás Moore (« El Inglés »), Antonio Francisco Chiappe et les Afro-argentins Domingo Santa Cruz et Sebastián Ramos Mejía (« El Pardo ») qui enregistra le premier tango au bandonéon.

Les tout premiers orquestas típicas (orchestres typiques construits autour du violon et du bandonéon, avec adjonction du piano et de la contrebasse) apparaissent sur les estrades au tout début du xxe siècle. Ils introduisent une tonalité musicale plus sombre et plus mélancolique, plus souvent sous la forme d’un quartet que du sextet qui s’imposera dans les années 20. En 1900 les codes essentiels du tango musical et dansé sont stabilisés. La danse se codifie petit à petit en générant des figures de plus en plus sophistiquées.

Le tango commence à s’exporter. Pour commencer bien sûr dans toute l’Amérique du Sud, et même au Brésil. Puis dans les ports européens, où des marins argentins propagent les premières partitions. En 1906, lors d’une escale à Marseille, ils laissent notamment derrière eux La Morocha d’Enrique Saborido et El Choclo d’Ángel Villoldo. Barcelone également est touchée. L’année suivante, des producteurs de disques et quelques musiciens de la génération dite de 1910 viennent à Paris pour graver des enregistrements dans les studios parisiens équipés de la technologie dernier cri. De jeunes bourgeois argentins en voyage à Paris font également connaître cette nouvelle danse dans les milieux parisiens cosmopolites avides de culture exotique et de sensualité latine. À partir de 1911, quoique jugé indécent par l’Église catholique, le tango fait fureur dans les salons parisiens à la mode. C’est aussi le moment où apparaissent en France les bals musette. Une véritable tangomania s’empare bientôt de toute l’Europe. Les États-Unis y cèdent eux aussi très vite.

Quand le tango reviendra de Paris sur les rives du Río de la Plata à la fin des années 10, il sera sacralisé. Par la suite et encore aujourd’hui le voyage à Paris deviendra un rite pour les musiciens argentins. Plusieurs y habitent.

La guardia vieja se clôt avec avec le premier tango canción, Mi Noche triste, interprété par Carlos Gardel qui impose la figure du chanteur de tango très expressif. Alors qu’avant lui, comme le souligne Jorge Luis Borges, la « façon de chanter consistait en un contraste […] entre les paroles, souvent ensanglantées, et l’indifférence du chanteur, […avec son] intonation aiguë et nasale, traînante, pleine d’impatients ennuis, jamais criarde, à mi-chemin entre la conversation et le chant. »

 

Compositeurs, chefs d’orchestre et musiciens

  • Eduardo Arolas (« El Tigre del bandoneón », 1892-1924) enrichit le jeu de l’instrument et son expressivité. Il mène une vie tragique, mourant à trente-deux ans en France dans des circonstances auréolées de légende noire. Il composa Derecho viejo, Una Noche de garufa, El Marne, Comme il faut, La Cachila.
  • Agustín Bardi (violoniste, pianiste, 1884-1941) est un compositeur important, encore joué aujourd’hui.
  • Eduardo Bianco (violoniste, 1892-1959) forma un temps avec Juan Bautista Deambrogio (« Bachicha », bandonéoniste, 1890-1963) un orchestre réputé à Paris dans les années 20. Il emmena ensuite le tango dans les pays les plus divers : Russie soviétique, Suisse, Grèce, Allemagne, Italie, le Moyen Orient, la Turquie.
  • Francisco Canaro (« Pirincho », violoniste, 1888-1964) est l’un des compositeurs/enregistreurs les plus prolifiques de tout le tango. C’est un formidable innovateur. Il introduit la contrebasse dans les orquestas típicas. Il est le premier à recourir à un arrangeur, à un estribillista, à enregistrer une milonga, et aussi le premier à construire un grand orchestre.
  • Scène de tango dans une rue de Paris en 1912Scène de tango dans une rue de Paris en 1912Genaro Espósito (« El Tano », « Tano Genaro », bandonéoniste, 1886-1944) joue avec tous les grands de l’époque avant de s’installer en France.
  • Roberto Firpo (pianiste, 1884-1969) introduisit, dit-on, le piano dans les orquestas típicas. Surtout il lui offrit une fonction plus importante que celle que remplissait la guitare auparavant (essentiellement rythmique).
  • Vicente Greco (« Garrote », bandonéoniste, 1888-1924) est l’un de ceux qui introduisent l’instrument dans le tango. Il grave vers 1910 le premier tango joué par un orchestre, Don Juan d’Ernesto Ponzio (« El Pibe Ernesto », violoniste, 1885-1934).
  • Juan Maglio (« Pacho », bandonéoniste, 1881-1934) est le premier à utiliser toutes les touches. Il enregistre en 1912 le premier solo de bandonéon (La Sonámbula de Pascual Cardarópoli).
  • Manuel Pizarro (« El Embajador del tango », bandonéoniste, 1895-1982) travailla avec Canaro et Arolas, mais fit l’essentiel de sa carrière en France dans l’entre-deux-guerres où il régna sur la nuit argentine parisienne.
  • Enrique Saborido (pianiste, 1876-1941) œuvra comme enseignant autant que comme compositeur et participa à faire connaître le tango en Europe. Il fut également danseur, avec Lola Candales.
  • Ángel Villoldo (« Fray Pimiento », guitariste, violoniste, pianiste, harmoniciste, 1861-1919) Poète, conducteur de chevaux, payador, écrivain, dramaturge, journaliste, compositeur, acteur, clown, chanteur, danseur, il a été le premier à mélanger des airs de habaneras, des mazurkas, des tanguillos espagnols (une forme de flamenco) et des milongas rurales. Il composa El Choclo et, venu en France en 1907 avec Alfredo [Eusebio] Gobbi (chanteur, compositeur, 1877-1938) et son épouse Flora Rodriguez (?-1952) pour l’enregistrer, il y resta sept ans. Le fils de Gobbi, prénommé lui aussi Alfredo [Julio] (violoniste, 1912-1965), y naquit.

 

Paroliers/poètes

  • Juan Andrés Caruso (1890-1931), après avoir été un mauvais garçon, écrivit les paroles de certains des tangos les plus célèbres, comme Densengaño ou La Última Copa. Il fut également dramaturge (Nobleza de Arrabal).
  • Pascual Contursi (1888-1932) est l’auteur de Mi Noche triste. Il est celui qui apporte la poésie au tango.

 

Danseurs

  • Casimiro Aín (« El Vasco », « El Lecherito », 1882-1940) appartint au groupe de ceux qui firent voyager le tango jusqu’à Paris.
  • Elías Alippi (1883-1942) était également acteur et metteur en scène de théâtre et de cinéma.
  • El Cachafaz (Ovidio José « Benito » Bianquet, 1885-1942) & Carmencita Calderón (1905-2005) forment le couple emblématique de la guardia vieja. La légende dit qu’il mourut d’un infarctus pendant un tango et qu’elle dansa son dernier lors de la fête d’anniversaire de ses cent ans.

 

Orquestra Eduardo ArolasOrquesta Eduardo Arolas

 

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